Les éoliennes de Piromboeuf, bon ou mauvais projet ?

Publié le lundi 1er septembre 2014

NB : nous avons appris ce 3 décembre 2014, par presse interposée, que les fonctionnaires technique et délégué ont refusé le permis des éoliennes de Piromboeuf. Le projet est donc enterré, au moins pour de nombreuses années. Dans un contexte de crise énergétique et climatique, nous déplorons ce refus et c’est la raison pour laquelle nous laissons en ligne l’argumentaire ci-dessous qui expliquait les avantages et les inconvénients du projet.

En quoi consiste le projet ?

Electrabel a déposé auprès des Autorités communales une demande de permis d’exploiter pour la construction d’éoliennes sur la campagne de Piromboeuf. L’enquête publique relative à ce projet se termine le 25 août 2014. Ce projet est constitué de 6 éoliennes d’une puissance individuelle de 3.2 MW. S’il se construit, ce parc produira 38 millions de kWh par an soit l’équivalent de la consommation de plus de 10 000 ménages. Compte tenu des consommations des autres secteurs d’activités (services, industries,...), ce projet permettrait de couvrir la quasi-totalité de la consommation électrique de la commune d’Aywaille. De la sorte, elle deviendrait virtuellement indépendante pour son approvisionnement électrique.

Pourquoi a-t-on besoin des énergies renouvelables, de l’énergie éolienne ?

Dans un contexte de crise énergétique et climatique, un tel projet semble donc être une option à privilégier. Pourtant de nombreux opposants mènent une campagne virulente pour empêcher qu’il ne se concrétise. Que peut-on penser de ces critiques ? Faut-il vraiment avoir peur de ce projet ? Va-t-il perturber notre qualité de vie ? Dans la suite de cette article, nous essaierons de répondre le plus objectivement possible à ces légitimes interrogations.

Tout d’abord, il nous parait important de rappeler le contexte énergétique et climatique dans lequel nous nous trouvons. L’exploitation du pétrole et plus généralement de l’ensemble des énergies fossiles (charbon, gaz naturel) touche à sa fin. Les nouveaux gisements mis en chantier ont beaucoup de mal à répondre à la demande et causent d’énormes dommages environnementaux (gaz de schiste, pétrole bitumineux). La catastrophe de Fukushima a une nouvelle fois démontré l’ampleur du risque nucléaire. Qu’un accident de ce type se passe à Tihange, c’est toute la commune d’Aywaille qu’il faudra évacuer pour des centaines d’années. Enfin, les changements climatiques auxquels on assiste déjà nous obligent à repenser notre approvisionnement énergétique. Quelles sont les solutions envisageables ? Puisqu’elles sont limitées, nous ne pouvons pas compter sur les énergies fossiles et le nucléaire fait peser des menaces inacceptables sur nos sociétés. Dans ces conditions seules les énergies renouvelables, dont les éoliennes, peuvent apporter des réponses satisfaisantes et réellement durables pour nous et nos enfants.

Les éoliennes sont-elles réellement à l’origine de nuisances intolérables pour les riverains ?

Les éoliennes ont-elles un impact sur le paysage ? On ne peut le nier. Leur taille est liée au fait que pour capter le maximum de vent elles doivent être situées en hauteur. Reconnaissons toutefois que la beauté d’un paysage est une notion très subjective. Certains trouvent que les éoliennes sont élégantes alors que d’autres les jugent laides. Notons au passage que les anciens moulins à vent sont devenus des attractions touristiques et qu’ils nous rappellent comment on produisait de l’énergie avant l’ère du pétrole.

Les éoliennes font-elles du bruit ? Effectivement, elles peuvent produire deux types de bruits : le bruit mécanique lié aux pièces mécaniques en mouvement et le bruit aérodynamique lié au passage du vent sur les pales de l’éolienne. Avec les technologies modernes, seul le bruit aérodynamique peut provoquer une gêne pour les riverains mais bien souvent, le vent lui-même fait plus de bruit que les éoliennes. Dès lors, l’Etude d’Incidences Environnementales (EIE) du projet de Piromboeuf prévoit des mesures de bridage (limitation de la puissance des éoliennes) pour respecter les normes de bruit en vigueur. De la sorte, l’EIE garantit que pendant les périodes de nuit le niveau sonore généré par l’ensemble du parc restera inférieur à 40 dBA devant chaque maison concernée et cela même dans les conditions de vent les plus défavorables (voir notre analyse de l’EIE dans le fichier ’Problématique_bruit’ ci-dessous). Nous approuvons bien sûr cette exigence de l’Etude d’Incidences Environnementales. Pour savoir à quoi correspond ce niveau de bruit de 40 dBA, il suffit de vous référer à l’échelle de bruit jointe au bas de cet article. Notons encore que cette valeur de 40 dBA correspond aux recommandations du Conseil Supérieur de la Santé.

Les éoliennes sont-elles un danger pour la biodiversité, pour les oiseaux, les chauves-souris ? Ici aussi, il faut admettre que les éoliennes peuvent causer la mort de certains animaux. Cependant, les études montrent que les éoliennes représentent un risque extrêmement faible de collision avec les oiseaux. Ainsi, les chocs contre des immeubles causent 19 000 fois plus de mort d’oiseaux que les éoliennes et les chats en tuent 3 500 fois plus. Enfin, les scientifiques nous le rappellent : le changement climatique risque de faire disparaître de très nombreuses espèces animales et végétales alors que les éoliennes permettent réellement de lutter contre le changement climatique en diminuant les émissions de gaz à effet de serre contrairement à ce que les opposants de "Vent de Raison" essaient de faire croire. En clair, le changement climatique causera infiniment plus de dégâts à la biodiversité que toutes les éoliennes que les hommes pourront jamais construire.

Les éoliennes font-elles baisser la valeur des biens immobiliers ? Ici aussi, les opposants regroupés sous la coupole de "Vent de Raison" agitent des peurs injustifiées. Les études montrent que le prix des biens immobiliers peut baisser dans les périodes qui précèdent la construction des éoliennes et ce d’autant plus que les opposants font régner un climat de panique parmi les riverains. Par après, la situation revient à la normale et les biens immobiliers retrouvent un niveau de prix similaire à celui des zones sans éoliennes. De ce fait, on peut dire, sans grand risque de se tromper, que ce sont les opposants eux-mêmes qui font baisser le prix des terrains et des maisons.

Pour terminer cette analyse des éventuelles nuisances de l’éolien, il importe de rappeler que toute activité humaine génère son lot de nuisances environnementales (habitat, transport, tourisme, agriculture,...). La production d’électricité n’échappe pas à cette règle or nous avons besoin de cette forme d’énergie. Sans elle, nous retournerons à l’âge de la bougie. Dès lors, entre le risque nucléaire qui pourrait rendre inhabitable toute la province de Liège, le risque climatique qui pourrait rendre très difficiles les conditions de vie sur toute la terre et les nuisances des éoliennes il faudra bien choisir un jour. Enfin, ceux qui veulent en savoir plus sur les impacts de l’éolien peuvent télécharger le rapport d’incidences environnementales complet du cadre éolien ou son résumé. Ces deux documents qui ont analysé les impacts de la politique éolienne wallonne font la synthèse des études scientifiques les plus récentes sur le sujet.

Qui se cachent derrière les opposants à l’éolien ?

Face à la violence des oppositions à l’éolien, on ne peut manquer de se demander qui se cache réellement derrière ces mouvements. Cela n’aura échappé à personne mais bon nombre d’opposants aux projets ne sont pas des habitants des communes concernées. Une récente analyse d’Inter Environnement Wallonie se posait la même question. Il semble bien que de gros intérêts financiers soient à l’œuvre. Derrière Vent de Raison (qui, il faut le souligner, n’est pas une asbl et ne doit donc pas déposer ses comptes ni faire état de ses sources de financement) on retrouverait de grands propriétaires. Au mépris de l’intérêt collectif, ils ne veulent pas voir d’éoliennes près de leur propriété et veulent garder la possibilité de transformer leurs terres agricoles en zones à bâtir en empochant au passage le bénéfice de ce changement d’affectation du sol. Rappelons qu’un terrain à bâtir vaut environ 100 fois plus qu’un terrain agricole, ce qui est quand même une belle plus value qui mérite bien quelques manifestations anti-éoliennes.

Finalement, que penser du projet de Piromboeuf ?

Ces quelques lignes ne changeront certainement pas la perception des plus farouches opposants à l’éolien. Toutefois, elles ont cherché à objectiver les faits et à remettre ces critiques dans la perspective des grands enjeux énergétiques et climatiques.

Il faut encore signaler que ce projet devrait pouvoir faire la part belle à la participation citoyenne. La coopérative Ferréole, pluraliste et indépendante de tout parti politique, dont nous joignons l’analyse sans concession de l’Etude d’Incidences Environnementales du projet de Piromboeuf, négocie actuellement avec Electrabel pour pouvoir être partie prenante du projet. De la sorte, il sera possible pour chacun d’être acteur de son avenir énergétique et même de bénéficier des retombées économiques positives de la construction d’éoliennes à Aywaille. Il ne serait en effet pas normal que seule une grande entreprise puisse tirer profit de cette ressource gratuite dont nous pouvons disposer en toute liberté : le vent.

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Analyse Enquete Publique Ferreole
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Problématique_Bruit
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Echelle de bruits